La philosophie dans le boudoir de Sade

Voici une oeuvre que je considère comme l'une des moins crues du "divin marquis" et donc comme l'une des plus accessibles, s'il en est.

Une fratrie de libertins débauchés et incestueux entreprend de faire, en une journée, l'éducation sexuelle, et par-là même philosophique, d'une jeune ingénue nommée Eugénie qui a jusqu'alors été éduquée dans les principes moraux et sociaux de toute jeune fille de bonne famille au 18ème siècle.

A l'apprentissage du plaisir charnel, les "pédagogues" d'Eugénie vont associer toutes les théories chères à Sade pour faire s'écrouler ses certitudes sur la politique, la morale, la pudeur, la liberté, la religion, le mariage et le respect dû à la famille et aux géniteurs. En synthèse, point de vie possible hors du crime et du péché.

Complaisante et consentante, Eugénie, intérieurement minée par une profonde rancune envers sa mère, va offrir aux uns et aux autres un terrain favorable à l'introduction de leurs idées libertines, comme à celle de leurs organes génitaux puisque chez Sade les unes ne vont pas sans les autres, l'ensemble étant toujours étroitement imbriqué car devant illustrer conjointement la liberté du corps et celle de l'esprit.

Pour moi, le passage le plus difficile et le plus violent se situe dans la dernière partie de l'oeuvre lorsque Eugénie, "éduquée" au sadisme, va s'en prendre à sa mère, brisant le lien le plus sacré qui la lie à l'humanité commune, c'est-à-dire à l'humanité comprise dans son ensemble mais amputée des adeptes de la pensée sadienne.

Une oeuvre intéressante pour pénétrer en profondeur (si je puis me permettre) ladite pensée.

La Fortune des Rougon d'Emile Zola

Zola, on aime ou on n’aime pas ; le mieux restant encore de se forger sa propre opinion. En effet, soit Zola vous séduira et vous deviendrez vite addicted, soit Zola échouera et sa lecture vous paraîtra toujours contrainte. 

Ce positionnement dans les extrêmes caractérise bien toute l’œuvre de l’écrivain dont le style se caractérise par sa flamboyance voire sa violence, physique ou psychologique. Avec Zola, les personnages sont peu nuancés sans pour autant être manichéens ; Zola est un excellent peintre naturaliste de la société humaine, il fouille ses personnages qui restent fidèles toute leur existence à ce qu’ils étaient prédestinés à être de par leur héritage génétique.

« La Fortune des Rougon » est la Genèse des Rougon-Macquart, une épopée littéraire qui compte 20 romans ; chacun pouvant être lu de façon désolidarisée. Cependant, et selon les habitudes de chaque lecteur, on peut choisir de commencer par le commencement…
Au commencement… c’est-à-dire en 1851, il y a la ville fictive de Plassans (assimilable à Aix-en-Provence où Zola a grandi) ; il y a non pas Ève mais Adélaïde Fouque, la racine, la souche d’où sortiront tous les autres protagonistes zoliens, répartis en trois familles, les Rougon, les Mouret et les Macquart ; il y a aussi et surtout les intérêts personnels qui prévalent sur les intérêts insurrectionnels du coup d’Etat du 2 décembre. 

Enfin, il y a cette humanité peinte sans fard, noire, tellement noire qu’elle ressemble à une nuit sans étoile dans lequel, telles des comètes lumineuses et porteuses d’espoir, vont furtivement passer quelques êtres purs et innocents, tragiquement destinés à disparaître aussi vite qu’ils seront apparus, laissant aux lecteurs qui les auront contemplés le souvenir d’un émerveillement fugace et attachant... Cette humanité crue qui caractérise si bien les 20 tomes de cette oeuvre colossale que sont les Rougon-Macquart.

Dune de Frank Herbert

Dune... Dune... Dune... Entendez-vous la résonance particulière de ce nom ? 
Dune... Dune... Dune... Êtes-vous sensible à sa musicalité assourdie ? 
Dune... Dune... Dune... comme un tambour qui annonce une grande bataille, un nom empreint d'une grande solennité, de celles qui accompagnent toujours les légendes et proclament les mythes...

Dune... Dune... Dune... un écho venu non pas du fond des âges mais du fond d'une galaxie inconnue de nous, pauvres Terriens.

Dune !

Avant de tourner la première page de ce roman, qu'est-ce que ce nom évoquait en moi ? Je me concentre, je fais appel à la pensée Bene Gesserit... Réponse : un souvenir. Celui du seul jeu vidéo qui m'ait jamais captivée au point de me lancer, avec mes frères, dans d'interminables parties pour tenter de conquérir le royaume d'Arrakis, la planète aride et inhospitalière où les vers de sable sont plus redoutés que les dragons dans d'autres mythologies...

C'est donc avec une réelle curiosité, teintée d'un léger sentiment de nostalgie, et animée par le goût du défi que je me suis lancée dans l'aventure. Ce premier tome du cycle de Dune de Frank Herbert, incontestablement un grand Père de la science-fiction, s'articule en trois livres : Dune, Muad'Dib et le prophète.

Le premier livre plante le décor, celui d'un monde intergalactique dominé par l'Empereur Padishah Shaddam IV à qui les Maisons, Grandes ou Mineures, doivent allégeance ; c'est toute une civilisation qui prend forme et vie sous la plume créative de Herbert. On découvre que derrière les quatre lettres qui forment le nom DUNE se dissimule la planète Arrakis, planète des sables où pousse l'Epice, la plus grande richesse que contienne l'Univers, source d'énergie, de richesse, de puissance et de pouvoir... Soit on mord tout de suite à l'hameçon et l'aventure peut commencer, soit la mayonnaise ne prend pas et... il vaut sans doute mieux en rester là ! 

Le second livre, je le juge pour ma part plus mystique. Il précise le contexte qui s'est soudainement cristallisé autour d'un seul homme, Paul Atréides, THE héros. Et là, c'est vrai que j'ai cru que j'allais flancher, que Dune allait m'enliser, que j'allais périr engloutie dans ses sables, dévorée par un faiseur de quatre mètres de long... Après un démarrage trop rapide, fulgurant, le spectre de l'ennui a plané sur ma lecture pendant quelques centaines de pages... MAIS, je me suis accrochée car, nonobstant le nom de la mère de notre héros, Jessica (Aïe !), que je ne pouvais lire sans en éprouver de violentes aigreurs d'estomac car il me semble totalement inapproprié et laid pour désigner une telle protagoniste, je m'étais déjà attachée à Paul et à son destin et... je voulais connaître la fin :-)

J'ai bien fait de persévérer... Le troisième livre m'a rassérénée comme si j'avais bu moi-aussi l'Eau de Vie et voilà que les aventures de Paul et de ses Fremens repartaient comme en 40, me voilà à nouveau emportée par la tempête de sable qui souffle sur les armées en présence... Une épopée qui va crescendo et offre un dénouement qui récompense des 763 pages lues précédemment.

Dune est vraiment un roman des extrêmes. Les Harkonnens sont vraiment très méchants, l'Empereur est vraiment très lâche et assoiffé d'absolutisme, les Atréides sont vraiment très humanistes, les Sardaukars sont vraiment très meurtriers et les Révérendes Mères Bene Gesserit sont vraiment très fortes... Arrakis est vraiment très dangereuse, les Fremens sont vraiment très résistants et organisés et l'Epice est vraiment très précieuse. Mais chose étrange, bien que le manichéisme soit présent partout, je n'ai jamais trouvé qu'il nuisait au récit. Dès le début de ma lecture, je m'étais mise avec gourmandise dans la « tournure d'esprit Star Wars » (même si en écrivant cela, j'ai conscience que je ferai sans doute lever au ciel bien des yeux d’aficionados). Parce que dans Dune, j'ai quand même trouvé un je-ne-sais-quoi de Luke Skywalker qui aurait rencontré Robin des Bois et ça n'a pas du tout été pour me déplaire !

Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare

Un humour totalement désopilant caractérise cette pièce grandiose qui se classe parmi les comédies du grand dramaturge anglais, généralement plus célébré d'ailleurs pour ces tragédies.

La multitude des personnages traités en profondeur, les chassés-croisés multiples et les différents intérêts des protagonistes font de "Much Ado About Nothing" un pépite théâtrale à rebondissements ! 

A lire absolument, à voir sur les planches si possible et à défaut, vous pouvez visionner la très bonne adaptation cinématographique réalisée en 1993 par le brillantissime Kenneth Branagh avec une très belle palette d'acteurs parmi lesquels Kenneth Branagh en personne dans le rôle de Benedict, la talentueuse Emma Thompson pour lui donner la réplique, le ténébreux Keanu Reeves, l'inimitable Michael Keaton, le séduisant Denzel Washington (oui, vous avez bien lu !), Kate Beckinsale alors débutante et le troublant Robert Sean Leonard. Et sur tout ça, un BO lumineuse !

Fortune de France de Robert Merle

Je n'ai encore jamais rencontré de lecteurs ayant eu entre les mains un roman de Robert Merle et qui n'en aient pas été durablement marqués. Et pour cause... L'écriture de Robert Merle est incisive, elle pénètre le lecteur, elle le harponne pour l'aspirer DANS le roman (comprenez "à l'intérieur de").

Fortune de France, premier tome d'une saga mémorable qui se déroule pendant les guerres de religion (et qui débordera largement sur le XVIIème siècle), ne déroge pas à cette règle. Le lecteur est véritablement transporté dans l'aventure des châtelains de Mespech, ce château-fort périgourdin (qui ne sera pas sans rappeler le château de Malevil à certains), berceau de toute la série, fief des Siorac. Robert Merle, pour bien s'assurer que son lecteur sera aimanté à l'oeuvre, va alors déployer une botte secrète qui fait mouche : adopter le langage du XVIème siècle ! Bingo, vous êtes dans le filet, vous n'en réchapperez pas. Vous êtes séduits, vous êtes bons pour vous lire toute la série (13 romans).

Mais de quoi ça cause, Fortune de France ? 
Pierre de Siorac et son demi-frère Samson sont deux jeunes nobles dont la défunte mère était catholique et dont le père, bien vivant, a embrassé la Réforme. Aussi, ce que l'auteur nous propose, sur un incroyable déroulé d'aventures comme il en a le secret, c'est le portrait d'une société française en pleine mutation. Nous sommes en 1547 ; la Renaissance. Une date charnière où le pouvoir royal passe d'un roi éclairé, François Ier, à un roi (Henri II) dominé par sa femme (Catherine de Médicis). Les tensions religieuses n'ont pas encore atteint la France, elles sévissent au sein du Saint-Empire romain germanique et ne vont pas tarder à gangrener l'Angleterre. La France, quant à elle, attend son tour qui la frappera au moment même où sa royauté connaîtra une crise profonde, liée à la succession d'Henri II.

Mais pour l'heure, revenons à nos châtelains périgourdins. Je n'ai pas pu m'empêcher de lire Fortune de France (1977) avec Malevil (1972) en filigrane. Comment faire autrement ? Le thème de l'opposition entre catholiques et protestants s'y retrouve, comme l'emprunt de termes patois dans Malevil qui croît en force dans Fortune de France pour devenir le seul langage du roman. A quel incroyable effort de documentation l'auteur s'est-il livré ! Cela force le respect. L'engouement est tellement puissant que lorsque vous refermez le livre, vous vous surprenez à modifier votre vocabulaire et à parler à vos proches en utilisant les termes du XVIème siècle. Autre point commun : le château-fort assiégé et la châtellenie si bien gérée que les seigneurs du lieu sont fins prêts à contrer une attaque. Mais attention, que vous ne vous y trompiez pas, ces similitudes ne gâtent rien au plaisir de lire ces deux romans et les apprécier.

Vous l'aurez compris, c'est un véritable voyage que propose Robert Merle à ses lecteurs avec ce premier volet. A ma connaissance, il fut l'un des rares auteurs français à creuser cette période avec à la fois ce souci d'exactitude historique digne d'un historien et cette verve littéraire digne des plus beaux romans d'aventures.

La Révolution de Robert Margerit

Premier volet d'une oeuvre romanesque phénoménale qui, à ma connaissance, n'a pas son égal quant à la qualité du traitement du sujet qu'elle aborde : la Révolution Française. Couronné en 1963 par le Grand Prix du roman de l'Académie Française, ce roman pose les bases d'une fresque exaltante parfaitement documentée et retranscrite par une plume soignée et efficace. 

Or, de l'efficacité, il en a fallu à Robert Margerit pour gagner ce pari intrépide de vouloir faire vivre à son lecteur cette période de l'histoire de France si chahutée ! Car ce roman, ainsi que ses trois petits frères, est avant tout LE roman de la Révolution. En plaçant nos pas dans ceux des trois personnages principaux, Claude, l'intellectuel, Bernard, le fougueux et Lise, la belle indécise, l'écrivain briviste nous procure une occasion unique d'anticiper, de comprendre et de vivre pleinement les évènements révolutionnaires, pas à pas.

L'approche des évènements par le roman plutôt que par l'essai permet véritablement de vivre de l'intérieur les tensions et le climat politique, de prendre en considération tous les tenants et les aboutissants sociaux, humains, philosophiques de cette période charnière afin d'en mieux mesurer les enjeux. Approcher jusque dans leur intimité les principaux protagonistes, bien réels même s'ils servent la fiction de la narration, tels Danton, Robespierre, Marat, Saint-Just et tant d'autres, donne au lecteur les clés de lecture nécessaires pour comprendre comment soulevés dans un même élan les loups assoiffés de justice et de liberté ont fini par se dévorer entre eux, se trouvant à court d'agneaux.

Exaltant, passionnant, fondamental.

Le docteur Jivago de Boris Pasternak

Un roman tel que celui-ci me place devant le miroir de ma propre ambition littéraire et en m'y regardant avec sincérité et sans concession, je ne peux qu'admettre que je suis encore très loin de posséder cette maturité d'esprit qui me permettrait de véritablement en faire la critique. Avec humilité, je reconnais que ce roman, écrit par un lauréat du Nobel de littérature, est un superbe roman, un grand roman. Je déplore seulement de n'avoir pas encore la capacité d'entièrement l'apprécier comme tel.

L'adaptation cinématographique de David Lean est en bonne place dans mon Top 10 depuis toujours ; aimant tant le film, je me disais que lire le livre serait encore plus enrichissant. J'avais raison, le livre est 10 fois plus complet que le film mais, en contrepartie, son rythme est 10 fois plus lent également.

L'histoire est passionnante mais il faut vous attendre à être emporté(e) loin, très loin dans l'Histoire, dans les profondeurs de la Russie d'une part mais également dans les méandres de son histoire sociale et politique d'autre part. J'ai rarement lu un roman d'une telle complexité avec, parfois, la sensation que ça part dans tous les sens, qu'on est emporté au milieu d'un tourbillon de neige, qu'on perd son chemin, qu'on ne distingue plus personne dans le blizzard ! Et puis, tout à coup, deux chapitres plus loin, on retombe abruptement sur ses pieds, on se retrouve et on repère dans la foule des protagonistes des êtres qu'on connaît, certains sont même devenus familiers.

A lire les autres avis, il apparaît clairement que beaucoup de lecteurs sont désorientés par la multiplicité des patronymes russes et c'est vrai que ce n'est jamais évident, mais avec la littérature russe c'est un postulat de base, cela fait partie intégrante de l'identité russe, donc on ne peut pas le déplorer, il n'y a qu'à s'accrocher et s'y faire.

L'oeuvre en elle-même propose la biographie fictive de Iouri Andreïevitch Jivago, orphelin issu du milieu russe favorisé (ses parents étaient des notables, pas des moujiks), de la fin du XIXème siècle aux années 30. Bien que de formation scientifique, Iouri Jivago est un poète. Comme bien des intellectuels russes, son intérêt pour les arts, la poésie, la pensée sociale et philosophique et les sciences est exacerbé et est étroitement lié à la conviction tendrement patriotique que la Russie est une très grande nation de laquelle doit fatalement émerger une civilisation nouvelle et s'épanouir la toute-puissance d'un peuple profondément attaché à sa terre et à son identité.

***ALERT SPOILER***
Toute l'action du roman se situe à la période ô combien charnière entre l'ancienne Russie, celle de Pierre-le-Grand et de Catherine-la-Grande, des tsars, des armées cosaques, des moujiks asservis et des koulaks enrichis, et la Russie bolchevique, ayant opéré son renversement révolutionnaire, la mère-Patrie offrant en sacrifice ses enfants pour prix d'une utopie politique sanglante mais dite nécessaire. 1905, première révolution ; 1917, seconde révolution.

L'existence entière de Iouri correspond à cette période trouble. Jamais il n'aura connu de "vitesse de croisière" dans une vie entièrement chahutée et altérée par les évènements qu'il subit de plein fouet, avec sa famille, ses amis et ses amours. Son existence est une survie, le continuel besoin de se mettre à l'abri et d'improviser les moyens de subsistance. Au quotidien, c'est l'instabilité et la précarité. Aucun repère, le risque omniprésent des renversements de situations, des séparations...

Et Lara dans tout ça ? Et oui, Larissa Fiodorovna, la blonde Lara incarnée à l'écran par la sublime Julie Christie ? Et bien Lara incarne quant à elle une autre condition humaine, plus pragmatique que celle de Iouri. Elle est femme et sera très tôt exposée aux épreuves réservées à son sexe. Elle est belle, elle déchaînera des passions, elle-même possédant un tempérament passionné. 

Tout au long du roman, les destins de Iouri et de Lara, mais également ceux de nombreux autres personnages, vont se croiser et se décroiser dans l'immensité de la Sainte-Russie, de Moscou à Vladivostok, en passant par l'Oural et l'infinie taïga.

Le Docteur Jivago est le roman du malaise, celui des personnages principaux qui doivent s'adapter à une nouvelle société dont les leviers sont pour la plupart conformes à ce à quoi ils aspirent mais diamétralement opposés à ce à quoi ils ont été préparés par leur éducation, leur patrimoine intellectuel et leur nature profonde. Malaise également du côté du lecteur qui suit de près leurs efforts, souffre avec eux des heurts continuels de leur existence et pressent au final qu'ils ne seront que les embryons avortés d'une société pas encore assez structurée pour leur laisser la possibilité d'y trouver le bonheur.

Je finirai en disant que le style de Boris Pasternak est magnifique, pas toujours évident à suivre ; oui, il faut souvent s'accrocher mais il s'en dégage toute la force et la poésie qui caractérisent si bien l'âme russe.

Amateurs de littérature "fluide" s’abstenir !

Les Bienveillantes de Jonathan Littell

Ecrire la critique des Bienveillantes, voilà une tâche malaisée. Déjà, impossible de le faire à chaud, il m'a fallu attendre quelques heures afin de laisser retomber la pression.

Soyons clairs, je ne suis pas du tout de celles qui s'abonnent aux Goncourt et ne jurent que par eux. En fait, c'était ma première expérience mais il en faut toujours une première, n'est-ce pas ?

L'oeuvre est monumentale, 1390 pages pour l'édition Folio que j'ai attaquée (le terme est bien choisi) en mars pour l'achever en juillet, soit 4 mois 1/2 ! Certes, j'ai peu de temps pour lire et j'ai même mis le livre entre parenthèses une semaine pour lire une oeuvre plus "légère" (ceux qui l'ont lu comprendront la double signification de cet adjectif). C'était ma deuxième tentative, j'avais déjà essayé de le lire en 2008 mais un déménagement avait interrompu ma lecture, jamais reprise. Et puis, le bouquin était sur ma bibliothèque et de par son épaisseur tranchait dans le linéaire, semblant me narguer, me mettre au défi de... relever le défi ! Car lire les Bienveillantes relève quasi du défi !

Je mentirais si j'affirmais ne pas avoir été tentée à plusieurs reprises de balancer cette brique à travers la pièce. Il faut comprendre (et vous ne le comprenez vraiment qu'à partir du tiers de l'oeuvre) que deux histoires s'acheminent de concert vers le dénouement : l'Histoire (celle de la Seconde Guerre Mondiale vue du côté des bourreaux) et l'histoire du Dr Maximilien Aue, juriste enrôlé dans la SS, un homme au parcours personnel complexe qui pour moi a clairement des allures de névrosé psychopathe. Ses rapports à sa famille, à son enfance, à son entourage, à ses partenaires sexuels... aucun ne me semble équilibré hormis son rapport à son travail. Très professionnel, rigoureux jusqu'à l'intransigeance, maniaque quoi, le genre de type qui bosse un peu comme... moi ! Fort heureusement, le seul point commun entre mon travail et le sien est de trouver des solutions à des problèmes de fonctionnement interne pour accroître la productivité et fort heureusement pour moi, la productivité qui me concerne n'a rien en commun avec l'extermination d'une "race" humaine.

Pour être tout à fait honnête, celle de ces deux histoires qui m'a le plus intéressée n'est pas celle avec un petit "h" mais l'autre, la Grande, même s'il m'est pénible de donner ce qualificatif à cette sombre période. Pourtant, elle n'est pas si ancienne qu'elle soit déjà entrée dans l'ombre, et trop traumatisante pour pouvoir être oubliée. Elle ne doit pas être oubliée.

Mais je m'égare, revenons à l'oeuvre.
L'oeuvre est colossale. Rien qu'en termes de recherches, l'auteur mérite qu'on lui tire notre chapeau. Le style ensuite que j'ai trouvé parfois pesant mais le plus souvent vif, tranchant, chirurgical, une écriture au scalpel qui donne un rythme effréné salutaire car n'oublions pas qu'il y a quand même près de 1400 pages donc mieux vaut un style affirmé qui donne envie de tourner les pages !

Les points faibles de ce livre sont, je l'avoue, tous pragmatiques : lourd (à déconseiller aux poignets graciles et je ne recommande pas la lecture en position allongée), écrit sur un papier tellement fin que vous avez l'impression de tenir dans les mains votre stock d'OCB pour 10 ans, souvent impénétrable pour qui, comme moi, n'a jamais étudié l'allemand (oui, je me suis vite lassée d'avoir à me référer tous les deux paragraphes au glossaire en fin de pavé pour comprendre les différentes abréviations (inévitables quand il s'agit de nommer les services administratifs allemands!) et la correspondance des grades entre la SS, les fonctionnaires et l'armée).

Sinon, passés ces désagréments qui bien que réels ne doivent pas décourager le lecteur, le fond ne peut laisser indifférent. J'ai été emportée, et bien souvent malgré moi, dans une fascination glauque pour la narration du Dr Aue, aimantée par les descriptions d'atrocités qui couvrent des dizaines et des dizaines de pages, voulant à toute force comprendre, percer le mystère, aller au fond de cette mentalité, comprendre comment, par conviction politico-économique, par médiocrité, par pauvreté matérielle et intellectuelle, par endoctrinement, par vice ou par idéalisme, des millions d'hommes et de femmes en étaient arrivés là : croire qu'en exterminant les "ennemis du peuple", en "rayant de la carte" les "improductifs" et les Juifs, ils bâtiraient un monde meilleur, idéal, idyllique, base d'un système politique garant de la prospérité d'un peuple entier.

En refermant les Bienveillantes (et j'ai été particulièrement heureuse, en lisant la scène finale, d'être allée jusqu'au bout!), j'ai ressenti un trouble, une chute dans le néant, un malaise et, l'espace de quelques instants, l'impression d'avoir touché du doigt une vérité (l'une de celles qui composent l'Histoire) que je n'ai ressenti pour aucune oeuvre auparavant. Le dénouement tant attendu de ces deux histoires parallèles qui m'ont accompagnée dans ma lecture pendant presque 5 mois a été comme un éblouissement de toute l'oeuvre.

A lire dans son existence.

Les Rois Maudits I : Le Roi de Fer de Maurice Druon

Ce premier volume, introduction d'une saga qui en compte sept, est également à mon sens l'un des plus savoureux. Il a l'avantage de planter le décor, s'appuyant sur la persécution des chevaliers du Temple par Philippe IV dit le Bel, roi de France, souverain intransigeant et avide qui ne voit pas d'un mauvais oeil de faire disparaître définitivement un Ordre dont la richesse et la puissance font de l'ombre à son propre trône.

1314 : vient le dénouement tragique du dernier procès contre le grand maître des Templiers et ses comparses, devant les mener au bûcher. De là, découle une incroyable trame haute en couleurs et riche en intrigues : des têtes couronnées, une malédiction, les appétits débridés des grands feudataires du royaume, des passions humaines, des reines amoureuses et jalouses, la soif du pouvoir, les calculs politiques... Tout est là, réuni pour vous faire vivre une aventure exceptionnelle, parfaitement servie par la plume agile et précise de Maurice Druon.

Largement saluée par la critique et mise à l'honneur par plusieurs adaptations télévisées, la présente oeuvre dégage une séduction et une puissance qui laissent peu de lecteurs indifférents. 

Ne passez pas à côté !

Les Rois Maudits II : la reine étranglée de Maurice Druon

Je suis certaine que la plupart des lecteurs du premier tome des Rois Maudits se sont littéralement jetés sur le suivant, histoire de savoir ce qui allait advenir des "reines maudites" condamnées pour adultère.

Et bien, soyez les bienvenus, vous, fidèles lecteurs, dans ce deuxième volet tout aussi passionnant que son aîné. 

Marguerite, Blanche et Jeanne ont bel et bien été condamnées par la justice du roi et ont été emprisonnées, les deux premières dans une geôle, la troisième, uniquement convaincue de complicité mais pas d'infidélité, au fond d'un couvent. Isabelle de France, leur belle-soeur, la malheureuse reine d'Angleterre à la vie conjugale exsangue, peut être fière d'elle et telle une araignée retourner broyer du noir dans son boudoir.

Des trois princesses emprisonnées, il en est une dont le sort intéresse plus particulièrement le lecteur normalement constitué : la belle Marguerite, l'intrigante, la passionnée, l'instigatrice des rendez-vous scandaleux de la tour de Nesle. Prisonnière de la forteresse normande de Château-Gaillard qui compte plus de courants d'air que de sentinelles, elle attend avec rage et espoir que le destin la fasse sortir de ce trou humide et crayeux. Elle a de bonnes raisons d'y croire : elle est la femme de Louis, l'héritier du trône de France, et qui plus est, elle est la mère de Jeanne, princesse de Navarre. Certes, Jeanne est une "femelle" mais la loi salique n’ayant pas encore été "inventée" par son oncle le futur roi Philippe V, elle pourrait prétendre à succéder un jour à son père promis à devenir roi à la suite de Philippe le Bel. Même si le scandale qui a éclaboussé sa mère jette une ombre sur sa légitimité, cette jeune enfant représente la bouée de sauvetage de Marguerite. Elle se sait assez de charme et d'autorité pour fléchir son époux, faible de corps comme d'esprit, et revenir en grâce ; son dessein tient la route mais... c'est sans compter sur les intérêts des autres nobles et leurs prétentions à fragiliser une autorité royale pour l'heure tenue d'une main de fer mais qui n'est en réalité qu'un colosse aux pieds d'argile...

L'histoire de la dynastie capétienne, en partie retracée par Maurice Druon de façon romanesque au travers des 7 tomes des Rois Maudits, est avant tout une saga familiale époustouflante où pouvoir, passion, ambition, soif de richesse et vengeance se mêlent à un rythme effréné. Sous l'aile protectrice de l'Histoire de France, l'histoire des rois maudits n'a pas fini de vous étourdir. On parie que vous enchaînerez avec le tome 3 ?

Les Rois Maudits V : La Louve de France de Maurice Druon

Tout a commencé avec elle... Isabelle de France, reine d'Angleterre... 

(roulement de tambour)

Comment ça, ça ne vous dit rien ? Comment ça vous ne connaissez pas votre Gotha médiéval ? Ah, vous avez toujours confondu entre elles les têtes couronnées ? Et si je vous donne un indice ? Si je vous dis que c'est la reine incarnée par Sophie Marceau dans Braveheart, le film de Mel Gibson, là ça vous parle plus ? :-p

(re-roulement de tambour)

Malheureuse épouse du roi Edouard II qui la délaisse, fille du Roi de Fer, Philippe IV le Bel, le roi qui a trouvé le meilleur moyen d'échapper à ses dettes envers le Temple en envoyant au bûcher ses derniers représentants après un procès interminable et inique, Isabelle est donc l'étincelle qui, au début de la "saga" des Rois Maudits, a ourdi contre ses belles-soeurs une terrible vengeance de femme et amorcé ainsi une mécanique historique dont elle ne mesurait sûrement pas alors la violence.

Dans ce tome V, nous la retrouvons une nouvelle fois au coeur de l'Histoire car rien ne va plus dans le gouvernement anglais. Edouard II, homosexuel, ne s'occupe pas de sa femme et accorde sa confiance à des favoris qui usent de sa royale amitié pour semer la chienlit au coeur même du pouvoir. 

Le roi d'Angleterre étant seigneur d'Aquitaine, il est vassal du roi de France et doit lui rendre hommage (comment ça, vous décrochez ?! faites un mini effort et rappelez-vous vos cours de collège sur la féodalité). Pour ce faire, il doit aller en France mais les rapports entre les royaux cousins, malgré le truchement papal, sont chaotiques et c'est Isabelle qui est envoyée sur le continent en qualité d'ambassadrice. Cette dernière, peu désireuse de rentrer dans son royaume d'adoption, éprise qui plus est de Mortimer qui épouse sa cause et fait d'elle sa maîtresse, va prendre la tête d'un nouveau complot, politique cette fois-ci.

Comme tous les autres opus de la saga médiévale, la Louve de France est du miel pour le lecteur passionné d'histoire. Le style de Druon n'a plus besoin d'éloge ; la narration est à la fois épique, notamment grâce aux roueries et à la personnalité de Robert d'Artois, et exprimée de façon simple, ce qui la rend compréhensible par tous. Inutile d'avoir fait une thèse sur les Capétiens pour comprendre et apprécier ! 

Personnellement, et de manière assez sadique (et totalement assumée), ce que j'affectionne particulièrement dans ce volet c'est la chute d'Isabelle dans l'adultère, elle qui pour dénoncer ses belles-soeurs et les livrer à la vindicte de Philippe le Bel s'était érigée en parangon de vertu, se hissant sur le piédestal de la grandeur royale.

Derrière la reine se cachait bien une femme avec ses faiblesses et ses aspirations romanesques qu'un beau seigneur quelque peu aventurier et opportuniste sur les bords aura su plier à son charme et à ses ambitions.

La guerre des Gaules de Jules César

Voici sans doute l'une des critiques les plus complexes que j'ai à écrire dans le cadre de mon challenge littéraire ! 

Ouvrage historique et culturel fondamental, la Guerre des Gaules de Jules César est avant tout un récit écrit par César lui-même (enfin dicté mais c'est pareil) pour servir sa propre gloire et légitimer ses actes militaires, assurant ainsi ses prétentions politiques. De là découle une narration très flatteuse pour lui-même et son indéniable compétence de stratège et un ton condescendant bien qu'adroitement équilibré lorsqu'il s'agit de décrire les actes de ses ennemis, nos ancêtres les Gaulois.

Pour moi qui suis peu habituée aux récits militaires, j'avoue que je n'ai pas toujours pris mon pied à lire celui-ci. Non pas que ce soit mal écrit, loin s'en faut, c'est même extrêmement bien rendu, avec un sens de la synthèse et de la précision impeccable. C'est davantage de mon propre fait et de mon incapacité à mieux comprendre le récit qu'incombe cette partielle insatisfaction. Mouvements incessants de légions et de cohortes, tactiques d'encerclement, de débarquement, d'attaque, de siège, de poursuite... c'est dans ces moments-là que je me filerais des gifles pour avoir arrêté les maths et la géométrie en Seconde ! Difficile pour moi en effet de me projeter dans l'espace et de m'investir "sur le terrain" dans la stratégie guerrière aux côtés des valeureux et endurants soldats romains, en lutte perpétuelle avec les peuples autochtones.

Heureusement, j'avais quand même pour moi une bonne connaissance des équipements romains et gaulois, de la configuration d'un camp et de la topographie des sites de Gergovie et d'Alésia (le contraire me rendrait honteuse étant donné que j'habite à 3km du site d'Alésia et du superbe Muséo-parc dédié à la bataille du même nom!), ce qui m'a quand même permis d'appréhender dans "de bonnes conditions" cet autre aspect du récit.

Enfin je dirais que, si on met de côté la subjectivité du narrateur, les 8 livres qui composent la Guerre des Gaules permettent d'en apprendre long sur nos origines, sur le climat politique du Ier siècle avant JC, sur la force armée de Rome et sur les us-et-coutumes latines et gauloises. Sauf si vous êtes agrégés sur le sujet, je doute que vous arriviez à mémoriser la longue cohorte des noms de peuplades gauloises, bretonnes et germaines qui regroupe les peuples "barbares" des Gaules conquises par l'Envahisseur ! Mais au-moins aurez-vous touché du doigt sa diversité, son désir de cohésion, sa volonté de rébellion, sa quête de liberté, son identité épique, son courage, ses faiblesses et ses aspirations.

1984 de George Orwell

Parfois, la volonté ne suffit pas...
Je voulais lire 1984. Je voulais moi aussi accéder à l'impressionnant succès d'une oeuvre unanimement vénérée et ça y est, c'est fait.

Ce fut douloureux mais, je le crains, pas pour les bonnes raisons. Je ne souffris pas de découvrir ce monde noir et sans espoir dominé par le Parti, je souffris en tant que lectrice.

Je vais me faire lyncher, je le sens mais je vais quand même oser le dire : je n'ai pas aimé. 
J'en suis la première désolée mais c'est la stricte vérité. Je me suis ennuyée, j'ai lutté dans ma lecture ; j'ai cherché la beauté d'un style tant applaudi, j'ai essayé de m'attacher à Winston et à Julia, j'ai tenté de me mettre à leur place... tout cela en vain.

Evidemment, je comprends parfaitement pourquoi 1984 a été un succès. Je comprends qu'un tel roman écrit en 1948, dans le contexte politique de la Guerre Froide, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, ait paru et ait été révolutionnaire dans son genre, provocateur dans son style, précurseur dans son thème MAIS aujourd'hui, pour moi lectrice du XXIème siècle, le constant effort épuisant de me remettre dans ce contexte d'après-guerre en faisant abstraction des avancées technologiques qui font mon quotidien m'a demandé tellement de concentration qu'il en a gâché ma simple appréciation du récit.

C'est dommage ; il ne me reste que la très faible satisfaction de pouvoir dire "je l'ai lu donc je peux en discuter", c'est peu.

Pour modérer mon propos, je vais préciser que certains passages, malgré la terrible lenteur de la narration et le nombre infiniment petit de rebondissements au fil du récit, m'ont intéressée et que j'ai notamment pris du plaisir à découvrir l'organisation administrative du fonctionnariat du parti, l'invention du novlangue ou encore la description de la surveillance des actes et des pensées mais à aucun moment je n'ai ressenti le "froid dans le dos" qu'on m'avait promis ; je n'ai pas vibré, même dans les scènes de torture. Suis-je inhumaine pour autant ? S'il-vous-plaît, ne me lynchez pas et ne me livrez pas à Big Brother pour insoumission à la pensée unique...

Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien

Si j'en crois les commentaires des lecteurs et si je me base sur ma propre expérience, lire Tolkien n'est pas forcément une tâche aisée.

Pour ma part, n'étant pas familière de la littérature Fantasy, je me suis attelée à la tâche poussée par la curiosité et l'envie de compléter ma culture littéraire générale, cette dernière motivation étant clairement celle qui m'a permis de persévérer jusqu'à la fin du 3ème tome.

Globalement, j'ai aimé car bien que le style de Tolkien soit complexe parce qu'extrêmement fouillé et perfectionniste, il a su me plonger dans cet univers fictif de la Terre du Milieu et la magie de la narration a opéré sur mon naturel imaginatif. Cependant, il faut reconnaître des longueurs tout au long de l'oeuvre. Pour ma part, je sais que ma lecture a été grandement facilitée à partir du tome 2 car c'est à cette époque que le premier volet de la trilogie du réalisateur P. Jackson est sorti dans les salles obscures, me donnant des clés de lecture supplémentaires très appréciables.

Je reconnais au Seigneur des Anneaux une belle valeur littéraire dans le Panthéon de la littérature mondiale ; je suis heureuse de l'avoir lu pour pouvoir en parler ; j'ai vraiment beaucoup aimé l'adaptation cinématographique mais je ne suis pas certaine d'avoir envie de lire d'autres titres de l'auteur.

La métamorphose de Kafka

Jamais je n'ai lu un récit comme celui-ci ! Court, totalement prégnant, il m'a complètement siphonnée !

Je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre en l'ouvrant mais dès la première phrase j'ai fait la connaissance de Gregor, un jeune représentant de commerce itinérant, qui se réveille seul dans sa chambre et n'est plus du tout un jeune homme mais un monstrueux insecte, une sorte de cafard gigantesque !

Dès les premières pages, je me suis sentie oppressée comme si c'était moi qui avait été transformée. Je comprenais avec une acuité extraordinaire à quelles pressions Gregor était soumis de la part de sa famille, de son employeur et de lui-même. Jamais encore un récit fantastique ne m'avait donné autant d'émotion en si peu de pages. Car nous parlons bien ici d'un récit fantastique. Personne, ni Gregor, ni le lecteur et peut-être encore moins le narrateur ne sait pourquoi et comment ce jeune homme qui fait de son mieux pour entretenir sa famille se transforme du jour au lendemain en monstre et est ainsi exclu de la société, même de celle de sa famille.

Le malaise que j'ai ressenti pour Gregor s'est matérialisé physiquement dès les premiers chapitres ; je n'ai pu tenir plus longtemps entre mes mains l'édition Librio à la couverture cauchemardesque, j'ai compris que je ne pourrais pas continuer sans couvrir le livre, ce que je fis le plus vite possible pour pouvoir me replonger dans ma lecture (ceux qui connaissent ladite couverture me comprendront). 

En deux heures de lecture, jamais aucun sentiment de pitié ou de compassion ne m'a habitée, au contraire. Je me suis effrayée moi-même en pensant exactement comme les parents et la soeur de Gregor, c'est à peine si je pouvais soutenir les passages qui le décrivent ; moi aussi, comme eux, j'ai eu envie d'en finir avec lui et j'ai été soulagée quand...

Au-delà de sa forme, ce roman, proche de la nouvelle par son style, ouvre plusieurs portes de réflexion sur des sujets de premier ordre comme la dépendance, le travail, les rapports sociaux et la famille. Bien des questions sont soulevées mais le lecteur est seul pour trouver les réponses, pour trouver ses réponses.

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