Petit Piment d'Alain Mabanckou

Étrange le phénomène qui s'est produit au cours de ma lecture de "Petit Piment" d'Alain Mabanckou. Je m'explique : dans la grande majorité des cas, mon intérêt ne fait que croître au fil des pages, or ici, il n'a fait que décliner jusqu'à devenir inexistant. Je pense même que si le roman avait été plus épais, je l'aurais sans aucun doute abandonné. Non pas que l'histoire soit totalement inintéressante, au contraire, ce récit m'a familiarisée avec l'Afrique dont j'ignore tout et j'étais d'ailleurs très heureuse de ce dépaysement bienvenu. N'allez pas croire que je ne me sens vivre que dans les combes et les landes de la brumeuse campagne anglaise...

Le contexte, disais-je, est intéressant. Nous voici au Congo, à l'orphelinat de Loango où nous faisons la connaissance de Moïse (en fait il porte un nom à rallonge bien plus complexe mais il ne faut pas me demander de vous le répéter). Nous suivons son enfance, son éducation, ses péripéties pour sortir de l'institution et rejoindre les petits délinquants de Pointe-Noire, la capitale économique. Là où ça commence à coincer, c'est lorsque, de vols en festins de viande de chat (j'ai eu beaucoup de mal avec ce passage), Moïse, rebaptisé Petit-Piment, atterrit dans la maison close de Maman Fiat 500 avant de travailler au port. Cette existence entre misère et manque de racines va le mener précocement vers la folie.

Paradoxalement, je pense que le récit souffre d'un manque de descriptions. Alain Mabanckou possède une plume assez directe et concise qui laisse un goût de "trop peu". Le rythme est soit rapide soit lent ; des années s'écoulent en quelques lignes, des détails ou des rencontres insignifiantes font bâiller d'ennui.

En résumé, vous l'aurez compris, un avis très mitigé et pas forcément une folle envie de goûter à nouveau l'univers littéraire de l'auteur.

La horde du contrevent d'Alain Damasio

Comme je déteste interrompre une lecture avant le dénouement, c'est forcément un peu avec la mort dans l'âme que j'abandonne celle de "La Horde du Contrevent" à la page 491 (sur 701). Pourquoi s'arrêter en si bon chemin, vous direz-vous peut-être ? Si près du but ? 

C'est qu'en vérité, pagination inversée oblige, le but est encore très loin et que je lutte déjà depuis un long moment, depuis la première ligne de ce récit pour m'accrocher à l'histoire et avancer, contre vents et vents, au rythme de cette troupe de pourfendeurs des airs jusqu'à l'Extrême-Amont, but ultime de leur odyssée.

Il n'aura hélas pas suffit que Gallimard dote son Folio d'un précieux marque-page mémo listant les 23 protagonistes composant cette troupe d'élite pour que j'y retrouve mes petits. En plus de 200 pages, toujours aucun lien ne me relie à quelques uns de ces intrépides héros ; pour aucun je n'éprouve affection ni même empathie. 

Bref, je ne disserterai pas davantage sur cet échec, d'autant plus regrettable que l'enthousiasme de fnitter m'avait vraiment motivée et que découvrir tout un monde nouveau avec ses codes, son patrimoine, ses espoirs et ses idéaux me séduisait par anticipation.

Si je me permets de noter ce livre alors même que je n'en ai lu qu'un maigre tiers, c'est aussi parce que la lecture dudit tiers m'a suffisamment renseignée sur le style de son auteur et je ne peux pas dissimuler à ma propre opinion que ledit style a irrémédiablement fait pencher la balance du côté de l'abandon. Le fait qu'il y ait une multitude de narrateurs et que leurs prises de paroles soient signalées par le symbole de leur identité ne m'a pas gênée autant que d'autres lecteurs ; par contre, ce qui m'a vraiment déplu, ce sont les tournures de phrases alambiquées, le vocabulaire pas toujours approprié, le rythme lourd de phrases trop longues, vacillant entre maladresse et incohérence. Le défi qu'Alain Damasio s'est lancé était de taille dès son origine : donner la parole à 23 narrateurs et devoir les différencier par 23 styles d'expression différents. Un challenge que je juge trop ambitieux pour un auteur qui semble avoir eu les yeux plus gros que le ventre. 

Au fil de ma lecture, j'ai su reconnaître les innovations, les trouvailles et les codes propres à séduire les amateurs aguerris de science-fiction, desquels je suis sens encore très éloignée. Même si l'action est le fil rouge de ce récit d'aventures, la narration traînante l'enlise et la plombe quand j'aurais voulu du non-stop et du crescendo continu.

Je n'ai certes pas eu le souffle coupé mais cela ne me décourage pas dans mon initiation à la science-fiction.

Un jour de David Nicholls

300. C'est le nombre de pages superflues que j'aurais voulu retrancher à l'édition 10 : 18 qui en compte 620 ! 

600 pages pour suivre le quotidien de gens vraiment intéressants, je dis ok mais 600 pages pour suivre la vie de deux Londoniens totalement horripilants, c'est trop.

Bon, Gwen, sois positive et commence par le positif car, oui, il y a un peu de positif. Pas tant du côté de l'écriture que du côté de la construction narrative. Indéniablement, c'est original de suivre sur près de 20 ans l'existence de Dexter et Emma, meilleurs amis "pour la vie", en narrant toujours la même journée (petits malins, vous comprenez le titre du roman maintenant, hein ?), le 15 juillet pour être précis.

Donc, certes, ok, la construction narrative est originale mais elle ne suffit pas à donner toute sa crédibilité à cette romance qui flirte selon moi avec la chick-lit. Emma n'a-t-elle pas d'ailleurs d'exaspérants points communs avec une certaine Bridget Jones ? Et pourquoi l'auteur, fidèle à sa trame chronologique pendant 500 pages décide-t-il tout à coup de nous ramener dans le passé en d'incessants flash-back ? Le rythme est flingué, il n'y a pas d'autre terme.

Et d'ailleurs, pourquoi décider de faire un drame de ce récit qui avait toutes ses chances pour briller dans la catégorie des comédies sentimentales ? Franchement, j'aurais préféré ; j'assume parfaitement de lire une romance de temps à autre comme il m'arrive de fixer mon choix à l'entrée du cinéma sur une bluette "made in UK". J'aime beaucoup même ; on ne peut pas lire du Voltaire tous les jours, n'est-ce pas ? Enfin, moi, en tout cas, je ne peux pas. So, what ? Pourquoi l'ami Nicholls après avoir fait sourire voire parfois rire son lecteur et lui avoir fait se prendre d'affection pour ses deux protagonistes cherche-t-il soudain à tout plomber ? Croit-il que la dimension dramatique est la signature d'un grand roman ? Aurait-il la prétention d'être un grand auteur ? Je le pense, après avoir refermé ce livre sur un dénouement sans surprise.

Prévisible. Voilà. Au risque d'être taxée de sévérité, je dirais que le problème majeur de ce roman, c'est qu'il est totalement prévisible. Je mets quiconque au défi de ne pas deviner ce qui va se passer 100 pages avant. Vraiment dommage pour cette lecture qui aurait pu être un bon moment. Personnellement, je n'en retiendrai que peu de choses, à peu près ce qui me reste en mémoire après avoir vu une bluette au cinéma, le sourire sur les lèvres en moins.

Allez, je vous dis tout : je crois que ce qui m'exaspère le plus dans tout ça c'est quand un auteur vous donne l'impression d'écrire un roman dans l'unique espoir (but ?) de le voir adapté à l'écran. Non, je n'ai pas encore vu le film avec Anne Hathaway en tête d'affiche mais même sans l'avoir vu, j'ai déjà eu le sentiment tout au long de ma lecture que l'auteur écrivait... un futur scénario ! Et si, à présent, je vous précise qu'après une rapide recherche sur la toile, le scénariste du film n'est en réalité nul autre que... l'auteur en personne ? Vous voyez ce que je veux dire. 

Bref, ce récit n'est pas touchant car il manque de sincérité, même vis-à-vis du lecteur. Et puis, inévitablement, comme dans toutes les comédies made in UK vous avez le droit à des héros archétypaux : Elle, la "célibattante" ; Lui, l'antithèse du gendre idéal, le bad boy qui n'a pour lui que son physique. Elle comme Lui, pochetronnés à longueur de temps, toujours un verre à la main ou une bouteille sur la table de nuit, bref très "british youth", ce qui n'a pas aidé à me les rendre sympathiques, Elle comme Lui.

Dracula de Bram Stoker

Je n'ai jamais été particulièrement attirée par la thématique des vampires mais disons que dans ma quête de connaissance des classiques de la littérature internationale, je ne voyais pas d'un mauvais oeil le fait de clouer Dracula à mon tableau de chasse.

Quitte à lire une histoire de vampire, autant commencer par le commencement, non ? Alors, ça y est, c'est fait.

Le style de Bram Stoker est très "XIXème siècle" (comprendra qui voudra, cette expression ne signifiant pas grand chose mais étant évocatrice), très gothique (comprendre un bon compromis entre fantastique et noirceur) et assez marquant même si pour moi l'écriture traîne souvent en longueur, plombant le rythme à plus d'une occasion. En clair, le récit m'a paru beaucoup trop long. Sur les 500 pages que compte l'édition "J'ai lu" que j'ai eue entre les mains, j'en aurais volontiers retranché un tiers. 

Pourtant, ça commençait plutôt bien, avec le journal de Jonathan Harker, ce jeune avoué envoyé en Transylvanie chez l'un des clients de son étude, le mystérieux comte Dracula... Connaissant bien la Roumanie (l'ancienne grande Hongrie à cette époque), les Carpates, la Transylvanie, etc... j'ai beaucoup aimé me retrouver dans des paysages évocateurs. D'ailleurs, s'il y a une contrée d'Europe orientale qui peut se prêter à une atmosphère fantastique, c'est bien celle-ci ! A cet égard, je trouve que Bram Stoker aurait souvent pu davantage "forcer le trait". Toute la première partie du roman où Jonathan est l'hôte contraint du comte Dracula m'a vraiment tenue en haleine, j'ai frissonné, j'ai eu peur...

Hélas, tel un soufflet au fromage qu'on laisse refroidir à sa sortie du four, le récit s'est progressivement "dégonflé", laissant peu à peu place à l'ennui. J'ai encore été réceptive jusqu'à la tragédie qui frappe Lucy mais ensuite, je n'ai plus ressenti de frayeur et je me suis lassée de la narration indirecte où l'action passe entièrement par le croisement des journaux et chroniques écrites par les différents protagonistes ; cela gâche, à mon sens, une grande part de la spontanéité de l'aventure car évidemment quand vous lisez un journal qui vous narre ce qui vient de se passer, vous savez que celui qui écrit ledit journal en a "réchappé" et s'il ne commence pas son récit par des "Oh, mon Dieu, oh, terrible Humanité, etc.", c'est que dans l'ensemble tout va bien, vous me suivez ?

Saupoudrez là-dessus une misogynie condescendante très XIXème, à peine voilée par le pudique écran d'une romantique galanterie et des sentiments étrangement intenses étant donnée leur soudaineté (les protagonistes vont en effet devenir aussi unis que les doigts de la main en seulement quelques instants alors que peu d'entre eux ont un passé commun par lequel une réelle amitié peut s'enraciner en toute légitimité)... Ainsi, aussi singulier que cela puisse paraître, je n'ai pas du tout été touchée par le sort de Mina. Cette jeune personne qui est pourtant le pivot du roman et qui fait l'admiration de tous les protagonistes, pour laquelle se déchaînent passions et dévotions m'a complètement laissée de glace, voire m'a agacée. Partant de là, difficile de compatir et difficile de rendre le péril qui la menace crédible à mes yeux.

Enfin, et c'est sans doute pour cette ultime raison que je n'ai pas été entièrement séduite par cette oeuvre (même si je ne peux pas affirmer dans le même temps ne pas avoir aimé), je n'ai pas honte de dire que je n'ai pas tout compris ! Par exemple, comment Jonathan réussit à s'évader du château du comte où il est tenu prisonnier, ou le rôle de Renfield, le patient du Dr Seward, ou encore le dernier chapitre (dommage, sans doute est-ce la clé du récit ?) qui sonne comme un prologue déguisé en épilogue. Enfin, j'avoue être passée à côté de la plupart des raisonnements du Pr Van Helsing quant à ses théories sur les non-morts...

Alors, oui, ce roman m'a partiellement captivée, non, ce roman ne m'a pas complètement bouleversée, oui, je pense que je l'oublierai assez rapidement, non, je ne regrette pas de l'avoir découvert et oui et non, ce récit est obscur, mystérieux et envoûtant (ça dépend des moments).

Dracula n'illustre ni plus ni moins que l'éternelle lutte entre le Bien et le Mal, entre Dieu et le Diable et ce roman plante en profondeur le mythe d'une humanité partagée entre les mortels et les immortels. S'il a servi de terreau à tout un genre littéraire, c'est qu'il est riche en éléments fantastiques qui ravivent la soif de l'homme pour une nature humaine divinisée, moins terrestre, moins fugace, moins humble... sans pour autant se démarquer suffisamment de la superstition ce qui, à mon sens, lui nuit. 

L'obscur miroir des jours heureux de Karleen Koen

Dieu m'est témoin que je déteste abandonner un livre en cours de route ; statistiquement, je pense que ça doit m'arriver tous les 50 titres mais dans le cas de ce roman qui compte quand même 800 pages, je me suis arrêtée au quart et j'assume. Il m'est littéralement tombé des mains...

L'histoire est assez classique dans le registre "romance historique". 
Avec quelques difficultés, on situe les aventures de Barbara, jeune noble anglaise promise à un brillant mariage, dans la première moitié du XVIIIème siècle. Sa famille, très endettée, convient d'un mariage avec Roger Montgeoffry, courtisan très en vue du roi d'Angleterre. Bingo, ça tombe super bien puisque Barbara est secrètement amoureuse de Roger depuis l'âge de 10 ans ! Et moi, lectrice, je me demande bien comment c'est possible puisqu'elle ne l'a vu qu'à de très rares occasions et qu'il est de plus de trente ans son aîné ! Alors, oui, c'est vrai, il est beau, il fait plus jeune que son âge, il adorait feu le grand-père de sa promise, l'idole de la famille, il est riche, il est puissant et sa réputation sulfureuse ajoute à son charme. Mais pour moi, ces sentiments sortis du chapeau ne m'ont pas convaincue et il semblerait en plus que le beau sire dissimule un secret quant à ses moeurs... un secret qui jure avec l'archétype du héros qu'il est sensé incarner... (mais, chut ! pas de spoiler).

Le principal responsable de mon abandon de lecture : le rythme ! Épouvantablement lent et en contradiction totale avec ce que promet la 4ème de couverture ! Les 200 premières pages que j'ai lues en essayant de ne pas bâiller ont été à peine suffisantes pour planter le décor, annoncer le grand événement central du livre (ledit mariage) et nous assommer avec des conversations de salon stériles et anachroniques. Elles ont eu raison de ma patience ! 

Peut-être devrais-je à l'avenir me méfier de romans historiques dont l'action se situe en Europe et écrits par des auteurs texans ? 

Shutter Island de Dennis Lehane

***ALERT SPOILER***

- Votre Honneur, nous avons ici deux pièces à conviction qui prouvent que Gwen21 avait bel et bien réuni toutes les conditions pour apprécier la lecture de Shutter Island. Si vous me permettez…

Pièce à conviction #1 
Check-list d’avant lecture
Objectif 1 : se procurer le polar -> fait, emprunté à ManU17
Objectif 2 : lecture exclusive pour rester concentrée -> autres livres bannis dans les geôles de la PAL. Double vérification des cadenas -> ok
Objectif 3 : lire le soir, détendue, à la faible lueur d’une veilleuse, dans une maison silencieuse -> je risque l’insomnie mais tant pis, ça fait trop longtemps que j’attends de lire mon premier Lehane !

Pièce à conviction #2
Recette de la mayonnaise maison
Mélangez le jaune d'oeuf, un peu de sel, poivre, la moutarde et le vinaigre. Fouetter en versant peu à peu l'huile, la mayonnaise doit peu à peu épaissir.

Votre Honneur, vous conviendrez qu’une telle préparation indique sans qu’il soit permis d’en douter que ma cliente est innocente du crime dont elle est accusée, à savoir ne pas avoir pleinement apprécié la lecture de Shutter Island, le plus célèbre polar de Mr Dennis Lehane. Par conséquent, nous plaidons « non coupable », votre Honneur. 
- Merci, maître. La parole à l’accusée. Accusée, levez-vous au lieu de vous tenir ridiculement tassée sur votre banc. L’heure est grave. Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?
- Votre Honneur ! 
- Maître ?
- Je me permets d’intervenir, songez qu’en s’exprimant ma cliente va s’exposer à l’incompréhension de la plupart de ses concitoyens et ami-lecteurs voire à leur opprobre.
- Accusée, levez-vous et parlez !
- Votre Honneur, j’ai pleinement conscience qu’en émettant un avis mitigé sur une œuvre aussi applaudie par les amateurs de polars et par la presse internationale je risque de perdre beaucoup de ma crédibilité, ce n’est pas rien… Tout a commencé il y a plusieurs mois quand j’ai découvert qu’il existait un écrivain nommé Dennis Lehane ; cette découverte fut fortuite, c’est l’avatar d’un lecteur, lehane-fan, qui a attisé ma curiosité et étant très curieuse par nature, j’ai voulu en avoir le cœur net ! Je me suis donc procuré Shutter Island lors d’une transaction parfaitement légale, votre Honneur. 
- Pouvez-vous expliquer à la Cour ce qu’il s’est passé ensuite ?
- Tout de suite votre Honneur. J’ai commencé ma lecture ; j’avoue que le style de l’auteur m’a quelque peu déboussolée au départ, je manquais d’éléments pour me représenter le marshal Teddy Daniels, son âge, ses traits, etc… mais ça n’a pas véritablement gêné ma lecture. Tous les ingrédients pour créer une ambiance glauque et oppressante étaient bien réunis : une île, une tempête, un peuple de savants-fous en blouse blanche, un asile de criminels aliénés, une patiente psychopathe évadée… bref, j’étais confiante, votre Honneur. Hélas, tout a commencé à aller de travers quand j’ai compris 100 pages avant le moment où il fallait le comprendre qui était le fameux… patient 67.
- Poursuivez.
- Là-dessus, j’ai fait un faux pas, je l’avoue, j’ai découvert qu’il existait une adaptation cinématographique du polar.
- Vous l’ignoriez vraiment ? Vous vivez dans une grotte ?
- Tout juste, votre Honneur, dans un lieu reculé de la campagne bourguignonne.
- Poursuivez votre défense.
- Jamais l’idée de regarder ce film ne m’a traversé l’esprit votre Honneur, je le jure ! Mais je suis curieuse, j’ai voulu savoir qui incarnait le marshal et quand j’ai découvert que c’était Di Caprio, une faille irrémédiable s’est produite en moi car même avec le peu d’éléments fournis par l’auteur sur son enquêteur, jamais, votre Honneur, JAMAIS je ne lui aurais donné les traits de ce minet imberbe ! Et après… après, votre Honneur, plus moyen de m’ôter de la tête la face de premier de classe de cet acteur, ça a gravement nui à la suite de ma lecture, c’est une circonstance atténuante !
- Mais vous avez quand même frémi, eu peur, non ?
- A peine, je le déplore. Faut vous dire aussi que je ne le sentais pas moi, ce Chuck qui n’arrive même pas à retirer son arme de son étui. La vérité, votre Honneur, c’est que pas à un seul moment j’ai eu la sensation d’être absorbée par la lecture, happée, frémissante et haletante, avec la perception très nette que quelqu’un m’observait dans l’obscurité de ma chambre, rampait jusqu’à ma couette et allait surgir devant moi armé d’une arme blanche pour me trucider. Tout ça, je l’ai parfaitement ressenti en lisant le Chuchoteur de Donato Carrisi, je PEUX le ressentir ! mais avec Shutter Island, hélas, rien de tout cela… Votre Honneur, je reconnais que l’ambiance est plutôt bien rendue mais le rythme de l’action est lent avec quelques éclats disséminés ici ou là…
- Concluez, vous épuisez la patience de ce tribunal, madame !
- Je suis navrée, votre Honneur, et vous mesdames et messieurs les jurés, de vous affliger. En conclusion, je peux affirmer que je ne me suis pas ennuyée et que ce n’est pas une mauvais lecture, loin de là, mais je crains fort de devoir contredire un de mes autres ami-lecteurs, Eric75019, car j’ai la certitude de vite oublier Shutter Island…
(Huées virulentes de l’assemblée)
- Accusée !
- Oui, votre Honneur ?
- Par ces aveux complets vous m’incitez à la clémence. Je vous condamne à lire dans l’année « Un dernier verre avant la guerre » pour rendre justice au talent de Mr Dennis Lehane.
- Ce n’est que justice et je m’acquitterai de cette condamnation, votre Honneur, avec plaisir car je déteste l’échec et je suis persévérante. 

Stupeur et tremblements d'Amélie Nothomb

Mon premier (et je crois pouvoir dire mon dernier) Nothomb. Lu sur l'invitation de mon frère (que décidément je vais arrêter d'écouter :-p). J'avais de gros doutes quant au style d'un auteur capable de "pondre" un roman mince comme un cale-porte tous les 12 mois avec une régularité déprimante de métronome et, malheureusement, mes doutes ont été confirmés. 

Un style qui ne m'a ni fascinée, ni charmée, ni même intéressée. Une narration ampoulée et imbue d'elle-même ; un personnage peu attachant qui ne m'a pas donné envie de compatir à ses mésaventures. Un récit que j'ai été contente de finir vite.

Un message philosophique est sans aucun doute (bien) caché au coeur du roman (sinon, je ne vois vraiment pas l'intérêt de l'écrire!) mais si subliminal qu'une pauvre cervelle comme moi est passée à côté ! 

Chat échaudé craint l'eau froide... mais en même temps, il paraît que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis. Just wait and see !

Soie d'Alessandro Barrico

Il ne vous faudra pas plus d'une heure pour lire ce très bref récit qui, pour moi, tient davantage de la nouvelle que du roman.

Ma surprise a été grande de découvrir le style d'AB dont j'ignorais jusqu'alors tout de l'oeuvre. J'avais beaucoup entendu parler de Soie, en bien. Et, effectivement, je ne pense pas que l'on puisse vraiment en parler "en mal" étant donné que le style est parfaitement maîtrisé et qu'on sent chez l'auteur une très haute expertise de la narration. Bon, pour un écrivain qui a créé une école de la narration, c'est le minimum syndical.

Cependant, je suis surprise que Soie ait été l'objet d'un tel encensement. J'ai souvent eu l'impression de lire un exercice de rédaction qui aurait obtenu la meilleure note de sa classe mais je n'ai pas ressenti d'émotion particulière à suivre les voyages répétés (comme les descriptifs de ces derniers d'ailleurs qui ne varient que d'un mot) d'Hervé Joncour, le héros.

L'intensité, la passion et la ferveur tant louées par la critique ont été pour moi les grands absents de l'oeuvre. Aucune description de personnage, quasiment aucune description de paysages ou d'environnement, la trame du récit réduite à sa plus chiche expression, laissant le lecteur soit complètement libre de se créer lui-même des personnages à sa convenance, soit de rester désemparé devant un tel effort à fournir. 

Aussi mince et fragile que le fil précieux tissé par les vers à soie dont il est question, l'intrigue amoureuse qui se noue entre Hervé Joncour, sa femme Hélène, et la belle geisha qui inspire au premier une passion que l'on se doit de deviner "vive" m'a laissée, quant à moi, parfaitement indifférente. Je n'ai pas été saisie par la poésie de cette idylle, à peine ai-je souri d'aise à lire la métaphore des oiseaux encagés que j'ai trouvé être traitée sans subtilité particulière.

Attention, ne vous méprenez pas, le texte est beau, particulièrement quand approche le dénouement mais j'ai regretté la transparence des personnages, à peine ébauchés comme sur une sanguine, sans contours précis. Je n'ai pas réussi à m'attacher à un personnage principal exclusivement appelé par ses PRENOM+NOM et dont j’ignore s'il est brun ou blond, grand ou petit, gros ou maigre. Idem pour tous les autres personnages, y compris les féminins ce qui est encore plus regrettable à mon sens. 

Il s'agit donc d'un récit bref, lisse, académique et non exempt d'une certaine froideur, pareille à celle de l'étoffe de soie qui glisse dans votre paume et y laisse sa douceur et sa beauté de manière fugitive et éphémère. On voudrait pouvoir retenir le texte, le fouiller, s'y lover mais, hélas, c'est déjà la fin.

La mare au diable de George Sand

J'ai voulu relire ce court récit avant d'en faire la critique. Ma première impression remontait en effet à mon adolescence et il faut bien voir les choses en face : ça ne date plus d'hier ! Je me suis donc replongée dans ce roman "rural" avec la ferme intention de le réhabiliter aux yeux de ma propre mémoire hélas... le verdict tombe, de 3 étoiles il passe à 2. Fait assez rare, ma maturité de lectrice acquise au fil des ans et des lectures tend généralement à me faire revoir à la hausse la plupart des mes opinions d'enfance.

Ce texte, très court, s'articule en trois temps. George Sand dont l'écriture est superbe, va dépenser pas mal d'énergie à justifier le choix de son sujet, ne se contenant pas d'expliciter l'origine de son inspiration mais l'étayant de mille arguments, allant selon moi jusqu'au militantisme. Sans doute le fait d'être femme justifie à lui seul ce besoin viscéral d'expliquer le pourquoi du commun. Moi, cela m'a ennuyée, funeste augure pour la suite...

Vient ensuite l'histoire à proprement parlé, là encore la narration est belle, simple et sensible ; très évocatrice d'une paysannerie structurée avec d'un côté les riches paysans, les fermiers et les métayers, et de l'autre les pauvres saisonniers, pasteurs, porchers, etc. La trame est vraiment bête comme chou, plus simple tu meurs : Germain, veuf, doit se remarier ; un mariage est arrangé, il s'y prête jusqu'à voir ses sentiments évoluer dans une direction qu'il n'aurait jamais soupçonnée, au gré d'une nuit d'errance dans une forêt réputée "envoûtée". Je n'en dirai pas plus pour deux raisons : premièrement je n'aime pas quand une critique est un simple résumé de l'oeuvre et deuxièmement si je vous le dis vous n'aurez vraiment aucun frisson à attendre du récit lorsque vous le lirez.

La dernière partie représente pour moi le summum de l'ennui, c'est dur, chère madame Sand, de me faire ça à moi qui fuis tant que faire ce peut les éco-musées, les musées des vieux outils ou des attelages d'antan et autres vitrines plus ou moins bricolées qui hantent nos campagnes et dont l'office de tourisme local vous vantera les mérites tant et si bien que le Louvre en comparaison vous paraîtra un humble débarras renfermant des croûtes poussiéreuses. Pourquoi, très chère madame Sand, vous dont les qualités d'écrivain sont réelles, vous dont la vie fut trépidante et les amours passionnées, faut-il que vous m'imposiez la longue description d'une noce paysanne agrémentée de l'historique complet des us et coutumes du Berry et de la Touraine ? Non, là, je dis stop. Déjà je n'ai pas beaucoup aimé que Germain passe pour un fieffé abruti tout au long de votre roman, lui qui du haut de ses 28 ans semble pourtant un beau gars bien débrouillard qui ne rechigne pas à la tâche et a le malheur d'être veuf avec charge d'enfants alors que Marie, cette adolescente d'à peine 16 ans, semble l'incarnation de la sage et pure Vierge-Marie, rien de moins, mais là, non, désolée, je dis non. Je laisserai dormir entre vos pages le cornemuseux et le vielleux, les matrones et le chanvreur, je ne leur veux aucun mal mais mon attention s'est définitivement dissipée dans le brouillard qui environne la mare au Diable. 

La rose pourpre et le lys de Michel Faber

Déçue. Difficile à dire quand même quand ça fait plusieurs années que l'envie de lire ce roman me trottait dans la tête. Mais, force m'est de constater, en toute honnêteté, que je suis déçue.

Au bout des 1251 pages de la réédition France Loisirs, mon avis est sans appel : récit inégal, style peu chaleureux, manquant de passion, n'arrivant pas à me captiver en tout cas.

On sent que Michel Faber a envie d'aller toujours plus profond dans la noirceur mais il n'y réussit pas. Son style est trop pauvre et quand on a lu Dickens, ça paraît fade, tout bonnement.

Au début, j'étais pleine d'espoir car la narration était originale, un peu façon "caméra embarquée", le lecteur est interpellé par le narrateur, puis pris par la main pour être guidé vers tel ou tel personnage mais cette originalité dans le récit disparaît très vite, première inégalité de terrain de l'oeuvre. Ensuite, et bien, les personnes principaux. Vous avez beau vous accrocher à eux, essayer de leur porter de l'affection, vous ne savez pas où le narrateur veut les emmener, ça part dans tous les sens, ça reste superficiel.

Comme vous tenez dans les mains un livre de la taille d'une Bible, vous ne pouvez vous empêcher d'espérer, de vous dire que dans une centaine de pages, ça ira mieux, que vous serez happé par l'intrigue mais l'intrigue... reste fade, figurative, sans relief, sans passion. Au final, aucun personnage n'est attachant.

Michel Faber aurait mis 25 ans à écrire ce roman, je m'étonne de cette persévérance pour un résultat si peu convaincant. A-t-il voulu simplement faire du volume ? Il semble en effet que le nombre de pages soit pour lui un argument de "poids" pour déterminer la valeur d'une oeuvre :
"- Si les livres étaient écrits de façon à ce que tout le monde, même les plus jeunes, puisse comprendre tout ce qu'il y a dedans, ce seraient des livres énormément longs. Est-ce que toi tu voudrais lire un livre long de mille pages, Sophie ? - Je lirais mille millions de pages, miss, si tous les mots étaient des mots que je peux comprendre" (page 1191)

Et bien moi je dis : STOP au remplissage de pages blanches mais je dis OUI aux vrais romans ! 

L'amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder

Mon premier Beigbeder. 

Je ne sais pas pourquoi mais j'appréhendais un peu cette lecture comme on appréhende un dépucelage. J'étais quelque peu tiraillée entre le désir de connaître enfin cet auteur si médiatisé, de toucher du bout des yeux cette littérature "tendance" et à la fois craintive devant cet inconnu qui a déjà accumulé tant de conquêtes. Restait à savoir si ces dernières étaient des "filles faciles" peu regardantes ou bien de véritables conquêtes à la "Madame de Tourvel"...

Et bien, maintenant que c'est consommé, je peux me prononcer : une défloraison peu excitante voire passablement ennuyeuse. Le style de Beigbeder est un subtil mélange de maîtrise rédactionnelle et de suffisance qui voile à peine son nom.

L'auteur, alias Marc Marronnier (une usurpation d'identité à laquelle l'auteur renoncera d'ailleurs pour entièrement se révéler, épargnant au lecteur l'exercice périlleux de différencier l'auteur du narrateur), me semble être un être oisif tout à fait inintéressant qui cherche à se donner de l'importance et, pour ce faire, occupe ses loisirs dilettantes à se créer du charisme à défaut d'être réellement né beau et intelligent. Étalant sa culture comme de la confiture, croyant se découvrir du courage à employer des verbes comme "enculer" et "sucer", il a la prétention d'offrir à la Littérature avec un grand L les offrandes expiatoires de sa vulgarité et de sa pseudo-philosophie de la vie. Son récit, à mon sens, n'est sauvé du ridicule que par sa fluidité, sa précision et son rythme.

D'une part, je ne suis pas du tout d'accord avec sa théorie personnelle selon laquelle "l'amour dure trois ans" et, d'autre part, je ne pense pas que Mr Beigbeder et moi ayons la même définition de ce qu'est l'Amour (avec un grand A là encore). Sur cette base, il est vrai que tous les deux nous commencions plutôt mal. Le personnage de Marc Marronnier/Frédéric Beigbeder est suffisamment vain et imbu de lui-même pour que je considère avec beaucoup de recul son appréciation du plus noble sentiment pouvant être ressenti par l'être humain. Les ficelles utilisées par l'auteur me semblent bien faciles et tapageuses ; idéales pour vendre en librairie, insuffisantes selon moi pour faire de ce roman une oeuvre.

Je ne peux pas affirmer que la lecture de L'Amour dure trois ans ne m'a apporté aucun plaisir. Non, je redis même que d'un point de vue stylistique c'est plutôt agréable; ça se lit en deux heures. Mais ça ne laisse vraiment que peu de traces dans mon esprit alors dans ma mémoire, vous pensez ! Cette manie flagrante qu'il prend à peine le soin de dissimuler de vouloir appuyer tout son "génie" (dont il est le premier convaincu) sur quelques tournures "choc", bien senties et bien écrites, ne suffit pas à marquer ce roman de la marque de l'art. Qu'il se consacre plutôt à écrire des scripts, je pense que ça lui ira mieux. Oui, mais, sans doute que ça ne lui apporterait pas assez de prestige dans les salons parisiens qu'il dénigre assez facilement bien qu'il leur doive tout son mérite. L’écrivain BoBo a beau jeu d'égratigner son milieu mais ce n'est pas l'emploi de quelques gros mots qui feront se pâmer ses professeurs de Louis-le-Grand. Ce n'est pas non plus l'invention de quelques concepts telle l'omnisexualité qui lui ouvrira les portes du Panthéon. Enfin, ce n'est pas le parfait naturel avec lequel il s'adonne aux partouzes et consomme de la dope qui fera de lui un grand écrivain. Oh, le vilain rebelle ! 

Revenons pour conclure à l'oeuvre. Que celles et ceux qui lisent cette critique et apprécient les romans de Beigbeder ne pensent pas que je condamne l'auteur à perpétuité. Comme un amant maladroit lors d'un premier rendez-vous, il ne m'a simplement pas fait une grande impression mais qui a déjà vraiment profité de sa "première fois" ? Il est donc probable que je lui redonne un jour sa chance mais il faudra qu'il prenne la peine de vraiment me séduire et pas seulement celle de biffer mon nom sur la liste déjà longue de ses aventures.

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